Actualités  |  Vendredi 13 mars 2026

Comment tirer des plans sur la comète

En 2040, en 2050… Les objectifs à long terme fleurissent dans les accords internationaux et les programmes politiques nationaux. Malheureusement, comme les promesses électorales, ils n’engagent que ceux qui les écoutent. Prenez l’exemple de la lutte contre le CO2.

L’objectif de la Suisse est de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 50% en 2030 (par rapport à 1990) et d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Mais on voit mal comment l’objectif 2030 pourra être atteint. En 2025, nous sommes à 24% de réduction par rapport à 1990 malgré les fortes baisses enregistrées dans le domaine du bâtiment et l’industrie. Et ce bilan ne tient pas compte des émissions de CO2 importées en raison des besoins de notre marché intérieur. L’Europe, pourtant bon élève au niveau mondial, ne fait guère mieux.

Les objectifs fixés à très long terme n’ont donc guère de sens. 2050, c’est dans moins de 25 ans. Personne ne sait quels événements surviendront d’ici là. Au cours des 25 dernières années, qui avait prévu la deuxième guerre du Golfe en 2003, la crise des subprimes en 2008 ou la pandémie de Covid? Sans parler des guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, grandes pourvoyeuses de CO2 dans l’atmosphère mondiale.

Le risque est donc élevé de se fixer des objectifs irréalistes indépendamment d’une volonté sincère de les atteindre. D’autant que les dirigeants qui font ces plans sur la comète ne risquent personnellement pas grand-chose: ils ne seront plus aux affaires lorsque viendra l’heure du bilan.

Un objectif très éloigné tend en outre à ne pas être ressenti comme contraignant. Il n’est donc guère utile. Mieux vaudrait fixer des objectifs à plus court terme, à cinq ans par exemple, ce qui est déjà très long, et surtout avec des sous-objectifs annuels permettant de dresser des bilans concernant le résultat réellement atteint et d’ajuster les mesures en conséquence.

Confronté au réel, le discours selon lequel on peut maintenir le niveau de vie et le pouvoir d’achat tout en atteignant la neutralité carbone dans les délais fixés se révèle largement illusoire. Dans une démocratie, rendre possible ce qui est souhaitable relève d’une pesée d’intérêts permanente et d’une recherche de convergences immédiates, pas à pas, en fonction notamment de la conjoncture économique et de l’état de l’opinion.

Les facteurs d’ajustement sont nombreux, à commencer par la sauvegarde des entreprises et des emplois. Les développements technologiques actuels, en particulier ceux de l’intelligence artificielle, très énergivore, pourraient d’ailleurs compliquer rapidement la donne. L’enjeu climatique lui-même pourrait devenir un facteur d’ajustement. Aurons-nous demain assez d’eau pour alimenter comme aujourd’hui notre réseau d’électricité d’origine hydraulique? La canicule pourrait-elle perturber notre productivité et augmenter notre consommation d’énergie?

Pour toutes ces raisons, il me semble difficile d’envisager un approvisionnement énergétique à la fois fiable, écologiquement neutre et économiquement viable en 2050. D’autant plus que nous vivons dans une société habituée à ajouter du confort au confort et non à remplacer le confort par davantage d’efforts. Certes, les Suisses me semblent majoritairement favorables à une neutralité carbone aussi rapide que possible. Mais quand et comment? C’est la réalité politique, économique et sociale qui déterminera le véritable tempo. En fonction des crises, qui ne se contentent plus de se suivre, mais qui s’additionnent les unes aux autres.

Olivier Feller
Conseiller national PLR Vaud

Article publié dans L'Agefi le 13 mars 2026